Deux boucs contre une Renouée

À force de brouter, Jafar et Jacky pourraient fournir le remède à un désastre écologique…

Entre la chèvre et le chou, on peut encore se demander qui ménager. Mais entre la renouée et le bouc, c’est indiscutablement le bouc qui doit l’emporter. Du moins l’espère-t-on à Laxou où depuis à peine deux mois Jacky et Jafar ont été invités à un grand banquet végétal. Deux jeunes boucs d’à peine plus d’un an, deux très beaux représentants de la race des « chèvres de Lorraine » arborant ce pelage moucheté noir et blanc si caractéristique, et surtout deux grands voraces à qui vient d’être offerte une véritable corne d’abondance : une parcelle de renouée de Sakhaline.

Comme celle du Japon, ou comme la bohemica, la renouée de Sakhaline est de ces plantes introduites en France il y a plus d’un siècle et qui, depuis, se sont rendues littéralement maîtresses du territoire. Au détriment de toute autre variété végétale, incapable de pousser dans l’ombre d’une renouée. Une plaie, une calamité, un désastre écologique ! Tel est la nature profonde de la renouée.

« Et en même temps fascinante », remarque Laurence Wieser, adjointe à l’environnement de la ville de Laxou. « Non contente d’avoir une capacité de croissance telle qu’en quelques semaines elle atteint 2,50 m, de s’étaler en larges feuilles à l’ombre desquelles rien ne peut pousser, elle secrète en plus des substances antigerminatives ! » Lesquelles empêchent d’autres plantes de s’installer. « Drôlement malin ! »

Prêts à tout

Mais qu’on ne s’y trompe pas, cette admiration apparente n’en cache pas moins une réelle volonté d’éradication. Laurence Wieser, de même que Paul Montagne, de l’association Floraine, ou encore Stefan Jurjanz et ses élèves de l’école d’agronomie l’Ensaia (au moins une trentaine) sont prêts à tout.

Encore faut-il identifier le « tout ». Jusqu’à présent, aucune solution satisfaisante n’a été trouvée pour débarrasser nos paysages de cette plante invasive. Or peut-être nos deux boucs vont-ils offrir en partie l’antidote…

Jacky et Jafar sont en effet les chevilles ouvrières d’une expérimentation singulière : l’écopâturage anti-renouée. Installé depuis quelques semaines sur un terrain escarpé adossé au site Sadoul, en lisière du quartier des Provinces, le duo animal s’est vu confier une mission de la plus haute importance : manger. Dévorer. Engouffrer la fameuse renouée. Et ils s’y emploient vaillamment, nos deux Attila à quatre pattes. Il est vrai qu’en l’espèce ils n’ont rien d’autre à brouter.

Épuiser la plante

Après ce rasage en règle, il ne faudra guère que deux ou trois semaines à l’incroyable végétal pour envahir à nouveau le terrain tant sa vigueur est phénoménale. Puis les deux compères devront engloutir de plus belle. « Ce qui pourrait paraître désespérant », concède Paul Montagne. « Mais l’objectif c’est bien de finir à terme par épuiser le végétal. Or les signes sont déjà encourageants. » Étant entendu qu’une seule année ne suffira pas à venir à bout de l’indésirable. Étant entendu, aussi, que cette solution ne s’adaptera pas à toutes les situations. D’où l’impératif d’en trouver d’autres (lire ci-dessous).

En attendant, choyés par les étudiants de l’Ensaia qui procèdent aux relevés, régulièrement pesés pour s’assurer de la capacité nutritive du fourrage, Jacky et Jafar mangent tout leur content !

Lysiane GANOUSSE / Crédit Photo Frédéric MERCENIER

Article en ligne : http://www.estrepublicain.fr/edition-de-nancy-ville/2015/06/10/laxou-deux-boucs-contre-une-renouee

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